Illustration de l'article de blog Le vide fécond de l'Atelier Jour de Lune

S’éteindre à petit feu dans le mal amour, ou ne jamais s’y allumer, errer en morceau de bois mort, quêter indéfiniment l’objet perdu, s’exalter de le trouver puis s’y méprendre, échouer désespérément à prétendre, tomber et se briser sous les coups du sort…

En souterrain, l’incendie fait rage, vampire d’énergie, dissonances et chaos. En surface, ignorance, fuite, colmatage, masques, parades et frénésie.

Survie. Qui peut durer une Vie.

Et un jour, le « ça suffit ». La passion de l’ignorance de soi. La question. Jaillissement des tréfonds. Le « qui suis-je » ? La demande. L’appel. Le pas à franchir. Le pas franchi.

Et un jour, soi et l’autre. L’autre qui est passé par là. Qui a creusé. Passé des heures, des années, au fond de la mine. A remonter la boue et à l’offrir à la lumière crue de la conscience. Puis à y retourner. Plus la lumière est forte, plus l’ombre projetée est grande. Et cet autre n’aura jamais fini. Hygiène d’une vie.

Un jour donc, soi et cet autre qui sait. Qui sait viscéralement, qui sait rageusement, qui sait amoureusement… et qui a fini par savoir qu’il ne sait rien.

Compagnon d’humanité. Compagnon de mystère.

Soi, l’autre, et un divan.

Soi, l’autre, un divan… et le vide.

Le vide, ce tiers, cet autre autre. Lieu de l’invisible. Lieu du silence. Lieu de contemplation. Lieu d’abandon. Lieu de l’inconscient. Lieu de l’inaccompli. Lieu de sagesse. Lieu du souffle. Lieu du divin. Aire des grandes manœuvres.

Et en soi, créer ce vide. Le vide fécond. Pour que le vide Qui Sait, qui est Tout, qui est énergie pure, fasse œuvre de guérison. Laisser faire. Laisser agir. Rien d’autre à faire.

Seulement créer le vide. Impérativement. Impitoyablement. Vider. Vider. Vider. Vider encore. Ne plus remplir avec des discours. Ne plus remplir. Chut. Ne rien expliquer. Suggérer à peine. Tailler dans la masse. Créer la brèche. Dénouer les protections. Surprendre les croyances, les reliquats de bien et de mal. Faire chuter les identifications. Ferrailler avec la limitation, la frustration, et ramasser ses dents, autant de fois qu’il le faudra.

L’autre, le compagnon de route, qui transmet ce qu’il a lui-même intuitivement reçu d’un autre compagnon de route, il n’a plus trop le vertige lui, ou beaucoup moins, il avance dans le vide, il est devenu funambule. Il sait que derrière la limitation se cache le miracle de l’Un. Il sait que du vide nait le Désir. Il sait que du vide nait la différence absolue de l’être, son cadeau unique pour le monde. Il sait qu’une fois établi ce vide, la vie vient à la rencontre, instant après instant. Il n’est plus dupe de rien. Tout ça, il le sait car il le sent, il l’a vécu dans la mine, intimement et physiquement. Savoir intuitif, incarné, vécu, scellé par la chair. Et non plus académique.

Le compagnon de route se tient à côté ou derrière. Jamais devant. Il n’a rien à transmettre, sinon un état d’être, une attitude, quelque chose qui émane de lui. Point de mot. Point de concept. Interprétation au présent. Interprétation selon les ingrédients et les paroles charriés par le jour. Relativisme absolu. Il tient la main, jour après jour, aussi longtemps qu’il le faudra, et il faudra bien ça. Il est le pont suspendu quand apparaît le précipice. Il est clarté dans l’angoisse profonde du changement. Il est garde-corps, le temps de mourir à soi et mieux renaître. Il est vérité dans les mensonges à soi-même. Il est montreur de liberté. Il est présence. Intransigeant et bienveillant, il voit ce qui veut se dérober à la vue, il débusque l’inconscient si malin qui gouverne en sous-main, il pioche dans la théorie, s’empresse de l’évanouir, passage obligé mais furtif et détaché. Car bien vite il se tait, pour laisser l’ineffable agir dans sa parfaite omniscience. Pour admirer l’irrésistible rivière sculpter peu à peu la roche pourtant réputée invincible.

Sensualité et douceur de l’abrasion, élégance du silence, parcimonie du verbe, goût de l’ignorance, effacement de la théorie, cheminement à âmes égales, émergence intarissable d’amour, inoculation de compassion profonde, apprivoisement du mystère, poésie de l’invisible, contemplation de la grande sagesse à l’œuvre.

Danse avec le vide.

Fécondité du vide.

Telle est mon expérience de cette « plongée assistée » dans l’atelier intérieur qui s’est nommée psychanalyse. Mais le nom de cette technique, la théorie et les concepts n’ont à mon sens pas de réelle importance. C’est avant tout ce goût du vide, cet invité surprise, dont je souhaite témoigner ici et que je souhaite modestement transmettre.

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